Guillaume Blardone : l’expert en punchline sur Twitter

Journaliste et auteur de tweets assassins, il est l’un des twittos les plus cités par Les Répliques. Mais qui est vraiment Guillaume Blardone ? Qui se cache derrière l’homme aux mille et une punchlines sur twitter. Nous sommes allés à sa rencontre.

Entretien exclusif pour Les Répliques !

Guillaume Blardone – © DR

Guillaume Blardone qui êtes-vous exactement ? Pouvez-vous vous présenter à nos abonné.e.s ?

Bonjour. Compliqué de parler de soi quand on a plutôt l’habitude de faire se confier les autres, alors autant être synthétique. Guillaume. 48 ans. Papa. Journaliste depuis 1997. Matinalier radio dans un groupe média du sud de la France et par conséquent en déficit de sommeil permanent. Habite Marseille. Y subis l’incurie municipale et m’en désole chaque jour. Dangereusement imbibé d’info de politique et d’Italie. Le supion frit est mon animal totem et le beignet de fleur de courgette mon végétal favori. Drogué à la NBA et aux Celtics de Boston depuis trop de nuits blanches. Oisif fortement contrarié et salement borné.

Vous êtes l’un des plus cités par les Répliques (si ce n’est le plus cité). D’où tenez-vous ce sens de la punchline ?

Bande de flagorneurs!
Bon. Essayons de mettre des termes là-dessus. Et un mouchoir sur la modestie.

J’ai le sentiment que c’est une conjonction de facteurs.

En premier lieu je suis forcément modelé par mon parcours professionnel. Journaliste radio et de desk implique d’être concis et précis. C’est une question de survie à l’antenne.

Ensuite, je crois fermement au pouvoir immense du verbe au sens noble -pour ne pas dire sa puissance. Un simple mot ou une phrase bien choisie vaudront toujours mieux qu’un laïus roboratif. Et puis la langue française est suffisamment riche pour viser juste et atteindre sa cible sans détour.

Et puis j’ai grandi mûri avec la revue de presse de Bedos, les Nuls, Canal + ( canal historique), l’esprit Bizot de Nova, ( notamment La grosse boule. Ariel Wizman et Edouard Baer si vous me lisez…), les stand-uppers, le dessinateur Edika, Fluide Glacial et j’en passe. Sans oublier les bases Desproges et Coluche ( brandis pour justifier tout et n’importe quoi désormais et d’ailleurs bien souvent le contraire de leur esprit initial ). Avec un dénominateur commun dans ce Panthéon. Le sens incontestable de la formule. Ça imprègne forcément.

Enfin je pense aussi être tout simplement -il faut le reconnaître- une « tête de con ». Incapable de tenir ma langue. Toujours prêt à rajouter un argument. Jouant parfois basiquement de la provocation pas forcément constructive. Ce qui m’a valu nombre de repas entre amis gâchés, d’interviews tendues, quelques gifles et des sorties théâtrales façon Comedia dell’Arte aux confins du gênant. Apprendre à « la fermer » est une quête vaine jusqu’à présent. Un vrai défaut qui me submerge et contre lequel je lutte incessamment. Mais a contrario une étincelle, une aide précieuse quand il faut déclencher le feu oral sur un sujet.

Comment expliquez-vous votre succès sur Twitter ? Vous êtes suivis par près de 70k abonnés ?

On sera certainement nombreux à être d ‘accord là-dessus. Il n’y a AUCUNE recette. Je n’ai jamais œuvré directement pour faire croître mon nombre d’abonnés. Et puis est-ce réellement un critère ? Je suis pas mal de « petits » comptes qui m’intéressent énormément ( et qui mériteraient davantage d’audience ) et à l’inverse d’autres croulent sous les followers et sont un peu chiants, ronronnants ou convenus. C’est d’ailleurs peut-être mon cas aux yeux de certains qui me trouveront surcoté ou vide. C’est ainsi. L’important reste d’en être conscient.
Il n’empêche que je suis très admiratif de beaucoup sur Twitter. Je ne les citerai pas par peur évidente d’en oublier et donc de froisser. Mais la plupart est déjà au courant.

Je vous mentirais si je vous disais que je n’éprouve pas de la satisfaction à voir un tweet avec une opinion tranchée et/ou un trait de causticité faire des RT. Cela signifie qu’il a en partie atteint son but. Toucher du monde. Mais sans hypocrisie c’est un sentiment général je crois sur ce réseau.

Je n’oublie pas non plus Traduisons Les dont je trouvais le principe de base délicieusement pervers. Déceler le double-discours des politiques dans leurs communication sur Twitter. J’ai eu la chance d’être RT parfois au début en proposant des « traductions » puis l’équipe m’a proposé assez rapidement de la rejoindre. Ma visibilité a été augmentée d’autant. Je leur dois une partie de ma « notoriété ». Tout comme à vous plus récemment. Je n’oublie surtout pas. Grazie amici.

Comment arrivez-vous à jongler entre votre travail de journaliste et vos tweets assassins ?

Twitter est pour moi le meilleur des outils numériques. Aller chercher l’info puis tenter de la recouper ensuite restant la base de ma profession, ce réseau est une source assez accessible et facile à conjuguer avec les piliers du métier que sont le terrain, la « tournée » auprès des institutionnels et l’AFP par exemple. Ensuite à moi de faire le tri. Mais Twitter est devenu une sorte de complément naturel et adapté. Je ne suis d’ailleurs que fantomatique sur les autres réseaux.
Ma position en amont du circuit de l’info aussi bien que le fait tout simplement d’être réveillé à 4h du mat’ chaque jour permet d’avoir une vision assez périphérique et de sentir comment va s’orienter la journée en terme de news. Et donc d’être incisif sur le bon sujet. Celui qui fera débat.

Son utilisation reste en revanche assez problématique. Très chronophage. Et souvent polluante. Voire violente. Dure à encaisser. Voilà pourquoi j’ai décidé de limiter les échanges, les interactions. Certes dans ces conditions le réseau n’a plus rien de social et je donne une image distante ou que l’on pourrait croire condescendante mais il en va simplement de ma santé mentale et de mes 4h de sommeil. Je le regrette parfois.

D’ailleurs et enfin votre métier n’est-il pas initialement un frein pour vos tweets publics s’agissant notamment de la neutralité journalistique ? Comment gérez-vous cela ?

Aucunement. C’est d’ailleurs ce qu’a compris ma direction avec beaucoup de perspicacité. Le deal reste : je tweete en mon nom propre sur les sujets qui m’intéressent mais ne me revendique jamais de mon média. Ni ne le cite ou l’engage. Ce qui pourrait s’approprier à une expression d’opinion de simple citoyen plutôt que de journaliste. Et chacun y trouve son bonheur. Pas besoin de compte secondaire ou d’anonymat ( que je défends pourtant ).

Malgré tout, et vous avez raison, se pose la question de la neutralité. A bien y réfléchir ( et de manière assez évidente selon moi ) en journalisme elle n’existe pas. Pas plus que l’objectivité. Pour parler des plus médiatiques, qui peut dire qu’un Aphatie un Arfi un Praud un Barbier ou un Thréard est neutre ? Ou objectif ? Et surtout sur quel critères ?
Chacun de nous est orienté par son parcours, son éducation, ses idées, son environnement et j’en passe, il en va forcément de même pour les journalistes.

Non, ce qui compte et ce que m’ont toujours transmis mes aînés dans ce métier c’est l’honnêteté. Un fait est un fait. Point. C’est la façon dont on le raconte qui diffère. C’est le propre des journaux d’opinion dans ce pays. Une même info n’est pas traitée de la même manière par l’Huma, le Parisien ou le Figaro.

En résumé c’est un faux débat à mon humble avis. Tout média ou journaliste a un point de vue « éditorialisé » même s’il s’en défend. Et l’exprime. Et c’est tant mieux. Aux lecteurs ou auditeurs d’avoir le choix et de le faire.

Donc c’est parfaitement gérable oui. D’autant que je ne perds jamais de vue une règle simple. Twitter n’est pas la « vraie vie ». Il n’est que ce que l’on en fait en composant sa TL. Reflet biaisé de nos opinions. On extrapole son influence aussi. Personne n’a jamais vu Twitter influencer une décision politique majeure. Ça se saurait. Faire changer d’opinion un follower relève déjà des 12 travaux d’Hercule alors imaginez un ministre ou pire, le gouvernement. Restons lucides. Ce sera déjà ça de gagné.

Propos recueillis par Les Répliques.

Interview réalisée avant le changement de municipalité à Marseille.

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