“Une simple histoire de famille” : le premier roman d’Andréa Bescond

Andréa Bescond est danseuse, actrice, réalisatrice et militante féministe. C’est également l’autrice de la pièce de théâtre à succès « Les Chatouilles » pour laquelle elle a reçu un Molière en 2016 (adaptée au cinéma en 2018) et dont l’histoire s’inspire du drame de son enfance. Andréa a été victime de violences sexuelles dès l’âge de 9 ans. Aujourd’hui, elle publie son premier roman aux éditions Albin Michel « Une simple histoire de famille » disponible en librairie.

Photo Thierry Le Fouille / SIPA – Albin Michel ©

– Bonjour Andréa Bescond, après Les Chatouilles pièce de théâtre qui évoquait de manière poignante les violences sexuelles faites aux enfants, comment vous est venue l’idée ou l’envie d’écrire ce premier roman ?

A.B : Je suis passionnée par la famille et le transgénérationnel. Caroline Marson, qui deviendra mon éditrice est venue me voir jouer « Les chatouilles ou la danse de la colère en 2016 ». Elle a adoré mon texte et m’a conseillé d’écrire un roman, seulement, en 2016, je n’étais pas prête du tout mais je savais que j’y viendrais jour.

– Comme pour Les Chatouilles, vous vous inspirez de votre histoire personnelle. Ecrire ce roman était-ce pour vous une forme d’exutoire ou de libération ?

A.B : La référence à mon arrière-grand-mère est un hommage, ça m’a bouleversée d’apprendre qu’elle s’était défendue contre la violence. « Une simple histoire de famille » est une fiction, il y a de petits rendez-vous mais c’est un roman. En revanche, il est clair que l’écriture est pour moi, un exutoire!

– N’y a t-il pas un peu d’Andréa Bescond dans chacun des personnages que sont Louisette, Hervé et Lio ? Dans quel personnage vous vous identifiez le plus et pourquoi ?

A.B : Oui, je pense qu’il y a une part de moi dans chacun.e des personnages, Louisette pour son indépendance, Hervé pour sa sensibilité et Lio pour sa combativité… ça fait un peu prétentieux dit comme ça mais je me suis effectivement identifiée dans ces trois personnages. Je dirais que je me sens proche d’Hervé car même si ça fait longtemps que je cherche, j’ai trouvé beaucoup de réponse à environ la moitié de ma vie! (Oui je n’espère pas mourir avant 87 ans au moins…)

– Dans ce roman on retrouve des mensonges, des secrets, des drames, des violences masculines notamment conjugales, de la colère et la mort. Mais surtout une quête de vérité intra familiale. Considérez-vous que c’est le cas dans beaucoup de familles françaises ? Les secrets, les mensonges rongent-elles des familles ?

A.B : Je crois que toutes les familles ont leur lot de non-dits, heureusement, ce n’est pas toujours ultra dramatique mais on se rend compte que parfois même un non-dit considéré comme dérisoire peut engendrer énormément de tensions au sein d’un groupe de personnes.

– Les vérités sont-elles donc toujours bonnes à dire ou à entendre ? Permettent t-elles de se reconstruire systématiquement selon vous ?

A.B : Je pense que toutes les vérités doivent être dites, ensuite, ça n’engendre pas forcément un chemin de résilience rapide et automatique! Toutes les douleurs sont personnelles … Mais je pense que les quelques pas effectués grâce à la vérité permettent de gagner beaucoup de temps dans la vie, dans l’apaisement des rapports ou au contraire, dans la rupture totale des rapports!

– Page 246 vous écrivez « Confrontez les secrets pour être enfin libre ». Vous avez également déclaré : « Il faut casser le fil pour être heureux ». Est-ce le message que vous souhaitez transmettre aux lectrices et lecteurs qui vivent encore avec leurs secrets, leurs non-dits ?

A.B : Oui, « Une simple histoire de famille » est un roman, un travail d’écriture mais ça me permet aussi d’encourager les lectrices et les lecteurs à briser les secrets, à poser des questions.

– Dans ce roman on retrouve également beaucoup d’émotions, de douceur et de belles histoires d’amour. Peut-on considérez ce livre comme une sorte de manifeste à la tolérance, à la non-violence, au droit à la différence et à celui d’aimer sans être jugé ?

A.B : Honnêtement, j’ai adoré écrire ces histoires d’amour si simples et libres dans les rapports. L’amour, la complicité souffrent souvent d’un problème de confiance personnelle qui engendre un manque de confiance dans la relation, des tensions et des failles. Je ne sais pas si mon roman pourrait être considéré comme un manifeste à ces belles valeurs mais j’avais envie de dépeindre la société telle que je la vois, elle est violente, certes, mais qu’est-ce que l’humanité peut être riche et belle!

– Justement espérez-vous qu’il puisse être lu également au delà de nos frontières afin de pouvoir sensibiliser et faire changer certaines mentalités au plus grand nombre ? Une adaptation dans une autre langue est elle envisagée ?

A.B : Le roman vient de sortir, je ne sais pas encore quel sera son trajet. Ce serait génial! Evidemment, j’adorerais! Je vais l’adapter pour le cinéma dans un premier temps et je suis absolument ravie de ce projet!

– Page 239 vous écrivez « La vie est un cadeau. ». Est-ce également un message que vous souhaitez transmettre à vos lectrices et lecteurs ?

A.B : Oui, totalement… On oublie que la vie est très très courte.

– Vous militez quotidiennement et admirablement contre les violences faites aux femmes et aux enfants sur les réseaux, en particulier instagram, en publiant des posts puissants sur fond noir. Ecrire ce roman est-il selon vous une autre forme de militantisme ?

A.B : J’ai la sensation que tous mes travaux artistiques seront toujours engagés, c’est une forme plus poétique de militer, et c’est aussi une chance d’être née artiste, je veux honorer cette chance.

– Quel regard portez-vous sur la justice de notre pays aujourd’hui et les politiques qui sont menées afin de lutter contres les violences faites aux femmes et aux enfants ?

A.B : Je porte un regard très critique, la justice de notre pays est totalement dépassée et surtout, il y a toute une mentalité à changer… quand on voit que de frapper une femme peut être considéré comme un « délit de faible gravité » et peut déboucher sur une  “composition pénale’ donc une simple amende… ou que le délit « d’atteinte sexuelle »met en cause le désir d’un.e adolescent.e pour un.e adulte et permet l’adulte de s’en sortir… Que la France est le troisième plus grand hébergeur de pédopornographie au monde… Il y a un gros problème chez nous…

– Enfin et pour la petite anecdote, le Magnolia est cité une bonne vingtaine de fois. À la lecture du roman, on a l’impression qu’un lien fort vous uni à cet arbre à fleur. Peut-être un souvenir d’enfance comme certains personnages du roman. S’il existe (ce lien), pouvez-vous nous en dire plus ? Ou est-ce totalement fictif ?

A.B : C’est la première fois qu’on me pose la question et je vous en remercie. Le magnolia se trouve juste au centre du jardin de la maison où j’élève mes enfants… je l’aime comme un frère.

Merci Andréa Bescond.

« Une simple histoire de famille » est d’ores et déjà disponible en librairie aux éditions Albin Michel. Plus d’information dans cette vidéo :

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