Les « colleureuses » : un mouvement qui s’affiche dans les rues de France

Dans les rues, sur les devantures, sur les murs : les collages sont partout dans les grandes villes ! Les sujets évoqués : l’actualité, le féminisme, la lutte contre les inégalités… Les Répliques a rencontré certain.e.s membres du collectif des « colleureuses » de Bordeaux pour en savoir plus sur ce mouvement.

« Les collages sont une manière de rendre visible l’invisible, sur les murs, aux yeux de tous ».

Colleureuse de Bordeaux –
Les Répliques ©

Les « colleureuses », un mouvement d’abord féministe.


Les « colleureuses », c’est le mot, en écriture inclusive, qui regroupe les colleurs et colleuses, qui placardent des messages dans l’espace publique. Souvent des femmes et des minorités de genres, anonymes. Les colleureuses se retrouvent ponctuellement pour des actions de collage de slogans et/ou de témoignages.

Iels (contraction de « Ils » et « Elles ») réinvestissent la rue et l’espace public pour rendre leurs luttes, leurs voix et leurs vies visibles. 

Iels sont des « féministes intersectionnelles » c’est-à-dire qu’iels veillent dans leurs combats à faire en sorte que toutes les personnes puissent être inclu.e.s avec des revendications adaptées :

« Nous avons à cœur de mettre à terre la société patriarcale dans laquelle nous évoluons toustes. Le patriarcat est à l’origine de nombreuses discriminations et violences allant parfois jusqu’à la mort. Il faut fondamentalement repenser nos sociétés pour un mode de vie plus égalitaire, notamment en détruisant les stéréotypes de genre ainsi qu’en réhabilitant la visibilité de la voix et de la vie des personnes discriminées dans l’espace public. C’est essentiel. »

Mais les colleureuses ne traitent pas uniquement de sujets féministes. Les collages énoncent des phrases et vérités qui leur tiennent à cœur sur la lutte LGBT, lutte contre l’islamophobie, les hommages aux victimes de féminicides, les dysfonctionnements judiciaires et décisions injustes, l’impunité de certains actes, les violences faites aux femmes et aux minorités de genres. Il y a aussi une prise de position sur certains sujets d’actualités comme la loi sécurité globale, la loi sur le séparatisme ou plus international avec la dénonciation de l’exploitation des Ouighours.

Le principe des collages c’est de se réapproprier la rue à des moments où les femmes et les minorités de genres s’y sentent le plus exclu.e.s ou en danger, d’y marcher fièrement sans crainte et d’y effectuer une action. C’est un geste fort « d’empouvoirement » (concept mêlant acceptation de soi, confiance, estime, ambition et pouvoir). Avec la crise sanitaire iels s’adaptent, collent en journée et ce n’est pas le couvre feu qui les fera taire !

Slogan de colleureuses à Bordeaux –
Les Répliques ©

Les collages ont un réel impact. Les colleureuses reçoivent de nombreux messages de soutien de la part de victimes qui retrouvent de la force à la vue de certains messages ou de personnes « lambda » qui les remercient. Mais à l’inverse, iels dérangent aussi ! Leurs messages sont parfois arrachés, voire tagués avec des paroles violentes et sexistes.

« Et tant que nous dérangerons, nous serons là ! Les collages sont une manière pacifiste et très visuelle de ne pas nous laisser silencier et d’interpeller sur des problèmes qui concernent en fait, une très grande partie de la population. »

Matériel pour collage – Les Répliques ©

Une organisation bien huilée.


Les colleureuses que nous avons rencontré le disent : iels ne peuvent pas dévoiler la manière dont iels s’organisent. Mais les choses sont simples. Pour chaque « session » il faut de la colle, des slogans, un sceau, une brosse, de la motivation et organiser un rendez-vous via un canal de discussion ! C’est donc à la portée de tout le monde. Chacun.e peut proposer les slogans de son choix. Les femmes et les minorités de genres peuvent les rejoindre en contactant le collectif de la ville la plus proche de chez eux via Facebook ou Instagram.

Iels se retrouvent alors ponctuellement et souvent, ne se connaissent pas. C’est là aussi aussi tout le plaisir de ces actions :

« On se retrouve avec des personnes que l’on ne connaît pas mais avec qui nous partageons les mêmes valeurs, pour un court laps de temps et après on rentre tous.tes chez nous. On sent une vraie force qui se dégage de ces moments. De l’adelphité entre inconnu.e.s, ça a le mérite de donner du baume au coeur. »

(NDLR : Adelphité = les relations solidaires et harmonieuses entre êtres humains).

Ne leur parlez pas de leader : il n’y en a pas, il n’est pas question de pouvoir. Certaines personnes ont, bien sûr, un peu plus d’influence que d’autres, de par leurs expériences ou leur implication mais il n’y a pas de leader officiel. Toutes les décisions et l’organisation se font en concertation et sans contrainte. Leurs mots d’ordre : « adelphité et entraide ! »  

Iels le disent, il existe quelques gestes simples pour les aider. Un petit mot de soutien est toujours apprécié si vous les croisez. Diffuser leurs collages est aussi le meilleur remerciement à leur offrir. Mais ne les prenez pas en photo ou en vidéo en train de coller : leur action reste illégale…

Colleureuse de Bordeaux –
Les Répliques ©

Coller, c’est aussi prendre un risque.


Les colleureuses prennent un risque, à la fois juridiquement et personnellement.

Coller dans l’espace public, c’est le risque, à minima, d’un contrôle d’identité et que leur maériel soit confisqué. Cela peut aussi aller jusqu’à de la garde à vue, des amendes et l’ouverture d’un casier judiciaire suivant les actions. Les amendes peuvent aller de 68€ à 3 750€ pour la peine maximale (dégradation légère article 322-1CP).

Récemment, à Bordeaux, quatre colleureuses ont placardé une phrase contre les expulsions de squat sur Bordeaux Métropole qui mettent des centaines de familles à la rue en pleine crise sanitaire et en pleine trêve hivernale. Ces colleureuses ont été arrêtées et placées 24 heures en garde à vue. Elles sont convoquées au tribunal le 11 mars 2021.

Les risques sont cependant connus de toustes et un document récapitulatif et explicatif concernant l’illégalité des collages est à disposition de chaque personne qui prend part au collectif.

« On a toujours une personne qui fait le guet pour s’assurer que les forces de l’ordre ne sont pas dans le coin. On sait qu’on prend quelques risques. On a toujours le numéro d’avocats à disposition et on fait très attention à ne pas se mettre en danger. Et bien sûr, toute personne participant à un collage peut partir au moment où iel le souhaite. »

De plus, durant une session de collage, les colleureuses se font régulièrement interpeller par des passants, parfois agressifs.

Slogan de colleureuses à Bordeaux –
Les Répliques ©

Diffuser leurs collages ou participer à leur cagnotte pour acheter du matériel (lien : https://linktr.ee/collagesbordeaux) est le meilleur moyen de les remercier.

Merci à « Collages Féministes Bordeaux » pour cette session et les réponses à nos questions.


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Un commentaire sur “Les « colleureuses » : un mouvement qui s’affiche dans les rues de France

  1. Garnier :

    J’aimerais me mettre en contact avec des colleurs parisiens je veux participer. Suis très motivée. Huile de coude et bonne humeur

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