Fatima Aït-Bounoua : que devient l’ancienne grande gueule des GG RMC ?

Vous avez certainement dû l’entendre au moins une fois à la radio ou la télé pousser ses nombreux coups de gueule, analyses et critiques. En effet, Fatima Aït-Bounoua est une ancienne chroniqueuse des Grandes Gueules sur RMC, émission de débat diffusée également sur la chaîne 23. Mais depuis le 20 juillet 2020 et après 5 ans de présence sur le plateau des GG, la professeure de Français a décidé de tirer sa révérence et quitter la sphère médiatique.

Que devient donc celle qui officiait depuis plusieurs années dans l’une des émissions radio les plus écoutées de France ? Pourquoi a t-elle quitté l’émission ? Nous sommes allés à sa rencontre.

Fatima Aït-Bounoua – © DR

Bonjour Fatima Aït Bounoua, vous êtes connue du grand public pour avoir été chroniqueuse pendant 5 ans aux GG RMC que vous avez quitté le 20 juillet 2020. Tout d’abord, pourquoi avez-vous décidé de partir ?

F.A-B : Si je fais le bilan, je ne regrette ni mon arrivée ni mon départ. Ces cinq années ont été très enrichissantes. J’ai beaucoup appris sur les médias et sur moi-même. C’est un exercice passionnant d’être en direct et défendre un point de vue. J’ai aimé la liberté que permet le direct. J’ai été bien accueillie par l’équipe des GG et je les remercie encore de m’avoir laissé être celle que j’étais : un ornithorynque médiatique. De plus j’ai tissé des liens authentiques avec de nombreux auditeurs. Alors, pourquoi partir … ? 

Difficile de résumer ce choix en quelques lignes car j’ai le sentiment d’être un peu à contre-courant de notre époque.  Alors qu’on reproche aux politiques de s’accrocher à leur place jusqu’à la mort, il semble étonnant ou suspect de voir des personnes quitter une place intéressante volontairement. Et il est vrai que, très souvent, quand un chroniqueur quitte une émission c’est pour rejoindre une autre émission du même type. 

Les raisons de ma décision sembleront donc étranges : j’ai quitté les GG non pas pour rejoindre un autre mais uniquement pour moi-même. Pour être « alignée », comme on dit. Il était juste temps de partir, selon moi. De plus, en tant qu’auditrice, j’aime découvrir de nouveaux visages, je voulais donc laisser la place à d’autres voix, notamment la voix de ceux que j’appelle les GG de l’ombre. Ceux qui ont des choses à dire mais qui ne sont pas mis en lumière et on l’impression de ne pas être représentés médiatiquement.


Vous nous avez confié être en pleine reconversion professionnelle parallèlement à votre actuel métier de professeur de Lettres. Vous avez d’ailleurs soutenu en septembre dernier un master en Psychologie. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Quel est le but de cette reconversion ?

F.A-B : Oui, j’ai repris mes études, à la fois en cours du soir et par correspondance depuis quatre ans. J’ai reçu un grand soutien d’auditeurs et auditrices qui, eux aussi, avaient sauté le pas. Ils sont nombreux dans l’ombre à prendre des risques et reprendre leurs études à 30, 40, 50 ans !J’ai donc obtenu un Master 2 psychanalyse et soutenu mon mémoire en septembre. Le thème n’est pas en rupture avec mon mémoire de Lettres Modernes puisqu’il y est encore question de langue, de littérature et d’identité. J’ai étudié le rapport des enfants dits « issus de l’immigration » à la notion de « chez soi », à travers la question de la langue. Je l’ai validé avec une mention très bien. 

Mais ce n’est pas fini. Cette année, j’enseigne toujours le français dans un collège et en parallèle, je suis en stage dans un hôpital de jour. Ce stage viendra enfin clore ma quatrième année à l’EPHEP ( Ecole Pratique des Hautes études en Psychopathologie). Si tout se passe bien, je serai enfin psychothérapeute l’année prochaine. Pour l’avenir, j’étudie la façon la plus pertinente d’allier mon expérience de prof et ma formation de psychothérapeute.  


– Qu’est ce qui vous attire précisément dans la Psychologie ?

F.A-B : Pour moi, ce n’est pas une découverte ou une nouveauté mais une évidence. C’est le prolongement logique de mes activités de ces dernières années. Que ce soit par mon métier de prof, par l’écriture de mes nouvelles ou dans les GG, l’enjeu était toujours pour moi de comprendre l’Autre et l’aider à se comprendre à travers ses mots et les mots.  


– L’enseignement des Lettres vous attire t-il moins désormais ou pensez-vous avoir fait le tour ?

F.A-B : Non ! Impossible de faire le tour de la littérature et de l’enseignement. J’ai adoré être prof et j’ai vécu les plus belles heures de ma vie avec des élèves. Ce plaisir face à eux et aux textes reste intact. La littérature, la grammaire, la langue, les lettres reste pour moi les matières les plus belles et les plus puissantes à transmettre. Ce qui a motivé ma reconversion professionnelle, ce ne sont pas les élèves ou ma matière mais uniquement les réformes incohérentes de l’Education Nationale. La réforme du collège que j’ai longuement critiquée dans les GG m’a profondément déçue et a eu des conséquences concrètes dans la vie des élèves. Ces mensonges et ces incohérences sont devenus, pour moi, insupportables.


– Vous tenez parallèlement des rendez-vous réguliers sur le live d’Instagram (devant le désormais très célèbre rideau rouge) « Rendez-vous avec les mots » que vous animez autour d’un.e invité.e. Comment l’idée vous est-elle venue et comment préparez-vous vos lives ?

F.A-B : Ah ah c’est gentil ! J’aime beaucoup animer ces moments à la fois libres et artisanaux. L’idée est née pendant le premier confinement. J’ai compris qu’avec les INSTALIVES, j’avais la possibilité d’accueillir « chez moi » virtuellement des personnalités variées aussi librement que je le souhaitais. Je l’ai fait  et les retours des internautes étaient si enthousiasmants que j’ai continué. 

Je choisis volontairement aussi bien des personnalités connues que des personnes moins connues mais qui selon moi sont aussi intéressantes qu’une star reconnue. Jusqu’à présent tous mes invités ont joué le jeu en étant authentiques et sincères. Ces instalives sont des moments « à part » dans cette période agité puisque nous abordons rarement l’actualité. Ce que j’apprécie c’est l’interaction que permet ce format, je peux relayer les questions des spectateurs et cela transforme « mon » émission en « notre » émission. 


– Avez-vous conservé ce plaisir de vous exposer et d’interagir avec les gens, le public ?

F.A-B : J’ai toujours du plaisir à interagir avec les gens et le public. J’ai eu l’agréable surprise de constater que les auditeurs des GG ont continué de maintenir le lien avec moi, même après mon départ de l’émission. En revanche, je ne suis pas forcément à l’aise avec l’exposition médiatique quand il s’agit de parler de soi ou de mettre en scène sa vie et son intimité. 


– Depuis votre départ des GG, vous a t-on fait des propositions télévisées ?

F.A-B : Oui, j’ai eu des propositions mais comme mon objectif n’est pas de « passer à la télé » à tout prix, je n’ai pas de difficultés à refuser quand cela ne me correspond pas. J’ai refusé notamment d’intervenir dans plusieurs formats après la mort de Samuel Paty. D’une part, parce que j’étais très émue et je ne souhaitais pas exposer cette émotion. D’autre part, parce que je trouvais vain de rester encore une fois dans le commentaires superficielles, les larmes et les bougies, alors que ce drame méritait bien plus. 


– Enfin, comptez-vous un jour revenir au devant de la scène médiatique ? Que ce soit au GG ou dans une autre émission peut-être autour de la Psychologie ?

F.A-B : Cela peut sembler fou à notre époque mais je m’accorde le droit de refuser tout ce qui ne me correspond pas. Ce qui me rend libre c’est que l’exposition médiatique n’est pas ma priorité. J’ai aimé avoir la parole et je serai heureuse de retrouver des auditeurs si le format permet d’avoir du temps et une liberté de ton. Si je reviens, ça sera dans une émission d’écoute et/ou de conseils, centrée autour des mots et des gens. J’ai toujours aimé les émissions d’écoute nocturne comme les animait Macha Béranger. 

Merci Fatima Aït-Bounoua


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